mardi 9 janvier 2018

Catalogne : quel paysage après les élections ? par Josep Maria Antentas

1- Le 21 décembre (21D) a dessiné le paysage d’une insolite mobilisation électorale, avec une participation historique de 79,04 % (il s’agit des chiffres officiels après le décompte des votes de l’étranger). Le rapport de forces entre les deux grands blocs en lice est relativement similaire à celui du 27 septembre 2015 (27S) : 2 079 340 voix (47,49 %) et 70 députés indépendantistes vs. 1 902 061 voix (43,49 %) et 57 députés partisans de l’Article 155. Et, entre les deux, un auto-proclamé modeste troisième espace, celui de Catalunya en Comú-Podem : 326 360 voix (7,45 %) et 8 députés. 

Au sein de chaque camp c’est un parti conservateur qui est en position hégémonique : Ciudadanos, indiscutablement, pour le bloc consitutionnaliste, face à un Parti Populaire (PP) qui s’effondre et un Parti des Socialistes de Catalogne qui, malgré une légère progression, ne parvient pas à sortir de son rôle périphérique dans la politique catalane ; et Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne), pour le bloc indépendantiste, quoique d’une façon beaucoup plus précaire et pratiquement à égalité avec l’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya – Gauche républicaine de Catalogne). 

2ème congrès d'Anticapitalistas. Entretien avec Brais Fernandez

Anticapitalistas (section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol) a tenu son second congrès à Madrid (7-9 décembre 2017). Pour en comprendre le contexte et les défis, notre journal s'est entretenu avec Brais Fernández, membre de la direction [réd.]. 

Qu'est-ce que Anticapitalistas, comment est-il né ? 

Brais Fernández : Anticapitalistas est la continuation de Izquierda Anticapitalista. Nous avons changé de nom pour nous adapter aux règles imposées par la direction de Podemos: celles-ci empêchent les militant•e•s d'une structure partidaire de participer aux organes dirigeants de Podemos. Autre raison: le terme «gauche» s'est très fortement dévalué en Espagne après le 15M (Abréviation désignant le mouvement des Indignés espagnols, ayant débuté avec l'occupation de la Plaza del Sol, le 15 mai 2011). 

Au-delà de ces raisons, il y a un changement de conception politique. Izquierda Anticapitalista se concevait comme un groupement anticapitaliste large (même s'il n'a pas réussi à concrétiser ce but), à la gauche de la gauche réformiste. 

vendredi 5 janvier 2018

Iran. L’ensemble du régime en point de mire, par Babak Kia

Depuis le jeudi 28 décembre, la République Islamique d’Iran est secouée par une vague de contestation sociale inédite depuis le mouvement de 2009 contre la réélection d’Ahmadinejad. Les manifestations actuelles ont éclaté à Mashhad, deuxième ville du pays située à l’ouest, avant de s’étendre à de nombreuses villes et régions iraniennes. Depuis jeudi, les manifestations sont quotidiennes, elles s’amplifient et touchent désormais plus d’une quarantaine de villes petites, moyennes et grandes. 

Contrairement à la mobilisation de 2009 qui se situait d’abord sur le terrain démocratique, ce sont bien les questions sociales qui sont au centre de la vague actuelle et Téhéran n’est pas l’épicentre de la contestation. 

Autre différence majeure, la mobilisation actuelle se situe en extériorité totale aux « débats » qui opposent les différentes factions du pouvoir. C’est bien l’ensemble du régime qui est dans la ligne de mire de la contestation. 

lundi 18 décembre 2017

La gauche espagnole et la question catalane, par Jaime Pastor

« L’expression politique de l’identité catalane est trop persistante et intense pour s’évanouir dans l’anonymat d’une polis unique et, en démocratie, une fois brisé les liens de la peur, le projet unitaire de l’Espagne présente d’autres faiblesses qu’il convient de ne pas agiter (Pays basque, Galice…). » Ce diagnostic d’un ancien ministre socialiste de la justice, Francisco Caamaño, publié dans la présentation d’une anthologie récente établie par Daniel Guerra, El pensamiento territorial de la Segunda República española (Athenaica, 2017), synthétise le constat d’échec historique du nationalisme espagnol dominant non seulement sur la question catalane, mais aussi en ce qui concerne son projet d’assimilation de la diversité nationale et culturelle au sein de l’Etat espagnol. 

En effet, ce nationalisme, représenté principalement par le système du tripartisme du régime monarchique [PP, PSOE, Ciudadanos-C’s], se trouve face à un double problème : trouver une réponse à cet échec autant en ce qui concerne son rapport avec un large secteur de la société catalane que face à la réalité plurinationale toujours plus visible. Cette réponse, si elle se veut démocratique, impliquerait l’acceptation d’un traitement d’égal à égal avec la Catalogne (c’est-à-dire, respecter son droit au divorce). 

lundi 27 novembre 2017

Une pax russia pour la Syrie , par Francis Sitel

A Sotchi, en bord de mer Noire, Poutine est à la manœuvre. Avant le sommet tripartite Russie-Iran-Turquie, il a convoqué Bachar al-Assad pour une « réunion de travail » qui s'est tenue le 20 novembre. Le même Bachar al-Assad était déjà sorti de Syrie une première fois pour un tête-à-tête avec Poutine en octobre 2015. C'était un mois après le déclenchement de l'intervention militaire russe directement sur le terrain. Il s'agissait alors de porter secours à un régime menacé d'effondrement. 

Deux ans après, suite à cette guerre prise en mains par les Russes, les Iraniens et les diverses milices affidées, le rapport de forces est inversé. Toutes ces actions militaires sont appelées « guerre contre le terrorisme ». Pour les Ocidentaux, est visé Daech. Pour Poutine et al-Assad, il s'agit prioritairement des opposants au régime syrien. 

dimanche 29 octobre 2017

Catalogne : “Défendons la République catalane et ouvrons le processus constituant”, par Anticapitalistas

Déclaration d’Anticapitalistes (section catalane de la IVe Internationale). 

Aujourd'hui le Parlement a approuvé le fait que la Catalogne devienne une République indépendante et l'ouverture d'un processus constituant fondé sur la volonté du référendum du 1er octobre. Nous soutenons et saluons cette décision, mais n'avons pas convaincu l'ensemble du bloc démocratique catalan. 

La rupture avec le régime était une étape nécessaire pour que le 1er octobre soit irréversible. Cependant, il a manqué une main gauche pour intégrer des sensibilités non indépendantistes, quelque chose qui doit être inclus dans le processus constituant. 

En même temps, le Sénat a confirmé l'application de l'article 155, le coup d'état à la souveraineté de la Catalogne. Le défi à l'ordre constitutionnel et au Régime de 78 vit maintenant son apogée avec la proclamation de la République catalane. 

mardi 17 octobre 2017

Déclaration sur la crise coréenne, par la Quatrième Internationale

I. Avant que n’éclate la présente crise coréenne, les tensions politiques et militaires étaient déjà vives en Asie orientale entre la Chine, le Japon et les Etats-Unis. A l’occasion du conflit Washington / Pyongyang, elles atteignent maintenant des niveaux inégalés depuis très longtemps et ont déjà des implications profondes dans la région. 

Elles renforcent les dynamiques de militarisation, confortent les courants et régimes de droite nationaliste (notamment au Japon), réduisent la capacité d’action diplomatique autonome de la nouvelle présidence sud-coréenne, placent sous une pression accrue les mouvements citoyens antimilitaristes et pacifistes. L’impérialisme états-unien a pu reprendre l’initiative en Asie orientale, à l’encontre de la Chine. Il envoie ainsi un message à tous les pays de la région. Il rappelle en particulier à Manille que l’on ne change pas d’alliances comme de chemise, alors que le Pentagone, en fonction des accords existants, a apporté un soutien multiforme à l’armée philippine dans le conflit qui l’oppose à Marawi aux groupes djihadistes. 

vendredi 6 octobre 2017

Etat espagnol-Catalogne. Communiqué d’Anticapitalistas suite au référendum du 1er octobre


1° Le référendum qui s’est tenu le 1er octobre en Catalogne est un événement qui met à l’ordre du jour une série de questions fondamentales. La répression sauvage du gouvernement du Parti populaire (PP) et des appareils d’Etat est la démonstration d’un projet autoritaire incapable de répondre de manière civilisée aux revendications démocratiques des gens. Sa propre image que diffuse ainsi le gouvernement Rajoy, reprise par les médias du monde entier, nous renvoie aux temps obscurs du franquisme tardif. Tout démocrate réel ressentira de la honte et de l’opposition devant les images de la police frappant des personnes qui cherchaient à exercer leur droit de vote ou celles de réquisition des urnes. Nous condamnons les agissements du gouvernement et les appareils de l’Etat et nous communiquons notre sympathie aux centaines de blessés, parmi lesquels des militant·e·s d’Anticapitalistas.

2° Le peuple catalan a démontré, autant lors de la journée du 1er octobre qu’au cours des dernières semaines, une volonté collective et une capacité d’auto-organisation énorme.

jeudi 5 octobre 2017

Appel pour la Catalogne. Soutenons le peuple catalan, par la 4ème internationale


Faisant suite au référendum du 1er octobre en Catalogne et à la victoire du Oui à l’indépendance de la Catalogne, en dépit des grandes difficultés légales, judiciaires et policières imposées par le gouvernement du Parti Populaire, la grève générale du 3 octobre lancée par la gauche syndicale (principalement suivie dans l’administration, le transport et la paysannerie) et l’arrêt de l’activité nationale réalisé par d’autres couches de la population (avec des lock-out dans des petites et moyennes entreprise protestant contre la répression) ont été un succès. Le premier résultat est une victoire du mouvement populaire et un échec du gouvernement de Rajoy qui n’a pas pu empêcher ces deux grandes expressions du mouvement.

Une révolution démocratique avec un soutien social massif au sein de l’Union Européenne a été initiée. Cela renforce les possibilités d’avancer vers la République catalane. Un tel objectif exigera un degré supérieur d’auto-organisation populaire et la réalisation d’un processus constituant capable de freiner la contre-révolution annoncée par le discours du Roi d’Espagne Felipe VI, la nuit dernière.

mardi 3 octobre 2017

Portugal : un pays un peu plus tranquille après les élections municipales, par Francisco Louça (Bloc de Gauche)

Jerónimo de Sousa, un chef du PCP, avait raison lorsque dimanche matin il a suggéré la prudence au sujet des lectures nationales des élections municipales. Si toutes les élections mesurent la température et les rapports de forces, chacune le fait avec ses particularités : dans les municipalités, on mesure les pouvoirs et les forces locales qui comptent pour les citoyens, les partis et l'avenir immédiat. 

Huit points pour analyser les résultats : 

Tout d'abord, la réduction de l'abstention est un bon signe, mais elle est encore trop grande et il y a toujours de nombreuses larmes de crocodile. Les listes électorale n'ont pas été mises à jour, ce qui surestime l'abstention, et le système politique n'a pas été en mesure de créer la confiance et la mobilisation que la démocratie exige.