lundi 3 juin 2013

Turquie : "c'est la renaissance de l'espoir pour l'avenir, de la croyance aux peuples qui se révoltent et qui disent non" - témoignage d'Ezgi qui participe à l'occupation du parc Gezi et de la place Taksim à Istanbul

« Salut mes amis, Je ne vais pas essayer de vous résumer nos 5 jours derniers infinis, je ne peux pas faire ça maintenant. Mais j’ai quelques mots à vous dire en urgence. Ce n’est plus un parc, une ville, un pays qui est en question. C’est la renaissance de l’espoir pour l’avenir, de la croyance aux peuples qui se révoltent et qui disent NON. C’est une réponse aux discours cliniques, aux cœurs froids, aux yeux fermés, aux âmes désespérées et aux pieds fatigués.

On a vu que l’Homme n’a pas besoin de l’air à respirer, du repas à manger, du lit pour dormir quand il est dans la bataille pour liberté. À mon avis, les sacs poubelles sont les symboles de la résistance en Turquie. Après les guerres de rue, après avoir soigné leurs blessés, les manifestants commencent à distribuer des sacs poubelles et nettoyer les rues tous ensemble. 

Car ce n’est pas juste une révolte contre quelqu’un. C’est la manifestation de l’envie de construire une autre vie plus propre, plus égalitaire, plus humaine. Ne pensez pas qu’on a l’habitude de se battre corps à corps contre la police. Non, on apprend maintenant à penser aux biens communs plus qu'à nous-mêmes. On apprend à vaincre la peur et le désespoir tous ensemble.
 

Cette expérience de la solidarité va construire le pont de la résistance entre les générations. C’est la mémoire de la résistance détruite par le coup d’État des années 80 qui redevient vivante après des années de sommeil. 

Ce n’est pas un parti politique, un mouvement social ou des groupes militants qui se battent dans la rue. C’est le peuple qu’on avait lu dans les livres. Le peuple avec toutes ses couleurs, ses émotions, son humour, ses amours. Le peuple se moque de la dictature et se sent fort malgré la violence inacceptable, les balles plastiques, les armes chimiques interdites par les contrats internationaux. 

Plusieurs villes résistent en Turquie, plusieurs parcs, plusieurs quartiers, les quartiers de rénovation urbaine déniés, supprimés, torturés par le capitalisme. 

Nous sommes ici dans le parc de Gezi. Nous avons une cuisine, un centre médical, un vestiaire commun, des tentes, les arbres, la musique, la joie, les plans pour les ateliers qu’on va organiser dans le parc. Il est 4 heures du matin, à 5 heures la police peut venir nous attaquer. Ils peuvent nous arracher de notre lieu de vie avec une violence insupportable. Mais ils ne peuvent pas nous prendre cette émotion de vivre ensemble, rêver ensemble et se battre ensemble. Une fois goûtée, la liberté change le corps, la vue et la vie. Salut à tous les camarades, on se bat ici au nom des révolutionnaires du monde. »"

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire