lundi 28 décembre 2015

Turquie/Kurdistan : urgence face au boucher Erdogan !, par Emre Ongün


« Nixon: Le seul point avec lequel je suis en désaccord avec vous… concerne les bombardements. Vous êtes sacrément trop concerné par les civils et je m’en fiche. Je m’en moque.

Kissinger : Je m’inquiète pour les civils parce que je ne veux pas que le monde entier se mobilise en vous accusant d’être un boucher. »
Conversation Nixon/Kissinger cité dans “Secrets: A Memoir of Vietnam and the Pentagon Papers (Daniel Ellseberg)”


Si le secrétaire d’Etat états-unien Kissinger avait besoin de couvrir politiquement la guerre impérialiste menée au Viêt-Nam, les dirigeants turcs ne ressentent probablement pas les mêmes contraintes pour mettre en œuvre leur politique meurtrière.

En effet, l’état de siège imposé à des communes kurdes, les massacres et les destructions qui y sont menés sont connus et ne suscitent pourtant aucune réelle difficulté pour Erdogan et ses acolytes sur la scène internationale. Les faits sont pourtant accablants : plusieurs communes kurdes sont en état de siège (Sur à Amed/Diyarbakir, Nusaybin, Cizre, Sirnak, Silopi…). 

La population civile y est littéralement massacrée par des forces de police ne connaissant aucune limite, un exemple tragique parmi tant d’autres : la police peut aller jusqu’à tirer sur un convoi familial en route pour enterrer son bébé de 6 mois tué par un tir de police et blessant la mère et le grand-père. Il est impossible de faire un décompte des victimes dans ce chaos mais le bilan humain est très lourd. La population aux abois résiste néanmoins tandis que la jeunesse kurde s’insurge contre l’horreur d’Etat, notamment en se réfugiant derrière des tranchées de fortune dans les bourgs… Au Proche-orient, kurdes de Turquie rejoignent les peuples palestinien et désormais syriens dans « la tragique solitude » qu’avait évoqué Che Guevara au sujet des vietnamiens. Et comme pour le Viêt-Nam, la Palestine ou la Syrie cette tragique solitude ne doit rien au hasard.

La déclaration du 17 décembre 2015 du premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, doit être relevée : « Déjà au mois de novembre 2013, nous avions considéré 12 sous-préfectures comme critiques. Si vous regardez la lutte (sic) en cours depuis deux-trois mois, il y a parmi ceux-là Lice, Silvan, Varto, Kulp, cela continue à Cizre, il y a Doğubeyazıt et Yüksekova. Dans la plupart de ces sous-préfectures l’ordre a été instauré.

mardi 22 décembre 2015

Etat espagnol : le trublion violet et l'instabilité du système, par Pierre Marion


Les élections espagnols ont été, sans conteste, marqué par l'effondrement du bipartisme qui a structuré le système politique espagnole depuis la Transition (1975-1982). Les deux principaux partis (le Parti Populaire, PP et le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, PSOE) ne recueillent que 50,7 % des suffrages alors qu'ils en recueillaient encore 83,81 % lors des élections législatives de 2008. 

Pour le PP qui a obtenu 28,72 % des voix dimanche dernier, il faut remonter à 1989 pour trouver une déroute comparable (25,79 %). Quant au PSOE, il obtient son plus mauvais score (22,02 %) depuis le retour de la démocratie. Si le système a un genoux à terre, il n'est cependant par encore K-O. Malgré l'échec cuisant de la présidence de Rajoy, l'absence de charisme de son leader, les scandales à répétition, le PP reste la force politique la plus votée. 

Ciudadanos (13,93%), malgré le soutien affiché de l'élite médiatique et financière n'a pas réussi à mettre hors-jeu le parti traditionnel de la droite espagnole. Ce résultat s'explique en partie par le poids toujours important du franquisme dans une partie importante de la population. 

Le PSOE, quand à lui sauve les meubles en arrivant en deuxième position. L'influence de ses barons locaux et des réseaux clientélistes, notamment en Andalousie, lui permette de placer Pedro Sanchez, son secrétaire général comme potentiel chef de l'opposition. 

Toutefois, le souffle de Podemos (20,66 %) sur la nuque du PSOE le place dans une situation très délicate. Le succès des candidatures de convergence Nombres de commentateurs ont souligner, à raison, le succès de Podemos. 

Mais ce succès dépend en bonne partie des alliances qu'a passé le parti violet avec d'autres forces politiques. Il est à noter que les meilleurs scores obtenus le sont là où Podemos s'est légèrement mis en retrait et a permis le développement d'une dynamique unitaire : avec Anova (parti nationaliste de gauche), les Mareas (plateforme citoyenne anti-austérité) et Izquierda Unida en Galice (25,04 %), avec Barcelona En Comú (plateforme dirigée par Ada Colau), Izquierda Unida (IU) et ICV (parti écolo-régionaliste) en Catalogne (24,74 %) et avec Compromis dans la Communauté Valencienne (25,09 %). 

lundi 21 décembre 2015

Espagne : bouleversement politique, par Richard Neuville (Ensemble!)


Les élections générales (Congrès et Sénat) ont vu une augmentation significative de la participation puisqu’elle s’élève à 73,2% (+4,26% par rapport à 2011), ce qui correspond à 683 000 électeur-trice-s supplémentaires. Les résultats révèlent un bouleversement  important du paysage politique dans le pays avec trois enseignements principaux : fin de la domination du bipartisme, émergence de nouvelles forces politiques : Podemos (et ses alliés) et Ciudadanos à l’échelle du pays, marginalisation de Izquierda Unida.

Fin du bipartisme

Si le Parti populaire (PP) remporte les élections générales dans l’État espagnol, il n’obtient qu’une majorité relative au Congrès : 28,72% et 123 sièges mais conserve cependant la majorité absolue au Sénat (124 sièges sur 208). Cependant, il se trouve dans l’impossibilité de gouverner seul et les alliances possibles restent très hypothétiques.

Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) se classe deuxième et obtient 22,01 % des suffrages et 90 sièges. Ces deux formations perdent respectivement 15,9% et 6,72% et 5 millions de voix par rapport aux élections de 2011 où elles rassemblaient 73,5% des voix après avoir déjà perdu 10 points lors des précédents en 2008 (83,81%), cela se traduit par une chute de 33 points en sept années. Le PP l’emporte dans une grande majorité de provinces (37/50) mais il reste très distancé en Catalogne et en Euskadi ou les nationalistes de droite en net recul ne l’emportent qu’en Vízcaya (Bilbao) pour le Parti nationaliste basque (PNV) et dans les provinces de Lleida et Girona pour Democràcia i Llibertat (nouvelle coalition autour de Convergència Democràtica de Catalunya (CDC).

Le PSOE n’est en tête que dans ses derniers bastions : Estrémadure et Andalousie mais il ne devance le PP que dans les provinces de Badajoz, Cordoue, Cadix, Huelva, Jaén et Séville (2 régions et 6 provinces), il est dépassé par le PP à Grenade. Les élections du 20 décembre mettent un terme à 35 années de bipartisme, le PP et le PSOE enregistrent leurs plus faibles scores de leur histoire et depuis le début de la « transition démocratique », c’est le premier enseignement qu’il faut tirer de cette consultation.

vendredi 18 décembre 2015

Espagne : élections générales dimanche prochain. entretien avec Lola Sanchez, PODEMOS


Députée européenne de Podemos, Lola Sánchez est reconnue pour son travail inlassable de dénonciation des dangers des traités commerciaux internationaux, en particulier du TTIP/TAFTA. Lors de l'Assemblée citoyenne, le congrès de fondation de Podemos, elle s'est positionnée en faveur de Sumando Podemos, présenté comme le courant critique du nouveau parti. A trois jours des élections législatives espagnoles - qui détermineront la composition du parlement et du gouvernement - elle nous livre ses attentes, ses espoirs et les enjeux de l'élection.

Ensemble - Les élections législatives auront lieu le 20 décembre dans l'Etat espagnol. Il y a quelques mois les sondages situaient Podemos comme la première ou la seconde force politique. Après une baisse continue dans les sondages, on note une remontée significative ces deux dernières semaines. Quelles sont tes expectatives pour ces élections ?

Lola Sánchez - Si les sondages reflétaient la réalité, je ne serais pas députée européenne aujourd'hui. Il est clair que le système se défend avec toutes les armes qu'il détient et la plus puissante c'est celle des moyens de communication. L'utilisation politique des sondages est une veille combine, même si je comprends que la période actuelle n'est pas la même que celle des européennes. Je ne crois pas que ces sondages ont été trop manipulé mais il est évident qu'eils ne sont pas fiables.

Je crois profondément que les sondages ne peuvent pas montrer la "marée" que représente Podemos autant pour la politique espagnole qu'européenne. Lors des précédentes élections, Podemos n'était pas représenté et ça c'est une donnée essentielle à l'heure de faire des pronostics électoraux.

Pour cette raison je me fis plus de mon instinct mais aussi des personnes moins politisées que ressentent et qui montre que quelque chose est en train de se passer ; que beaucoup de choses ont déjà changé et que pour certaines il n'y a pas de retour en arrière possible. Je dois dire que ça m'émeut et ça me donne beaucoup d'espoir quand certaines personnes m'avouent qu'elles vont voter Podemos, qu'elles soient militaire, entrepreneur millionnaire ou lobbyiste dans les couloirs de Bruxelles. Nous sommes sur la rampe de lancement et nous allons obtenir un résultat bien meilleur que ce que nous prédisent les sondages. C'est ce qui s'est déjà passé à chaque élection depuis que nous existons. 

Ensemble - Dans son discours, Podemos insiste sur le fait que lors de ces élections, c'est "la décennie qui est en jeu", soulignant ainsi le potentiel profond changement du système politique espagnol. Comment situerais-tu ces élections dans une perspective historique plus large ?

mardi 15 décembre 2015

COP21 : la « neutralité climatique » au prix du désastre social et écologique, par Daniel Tarnuro


Celles et ceux qui se réjouissent de l’accord sur le climat soulignent notamment le fait que le texte adopté fixe pour objectif « d’atteindre dans la seconde moitié du siècle un équilibre entre les émissions anthropiques et les absorptions de gaz à effet de serre« . C’est exact, MAIS, pour apprécier la portée de cet engagement, pour savoir s’il est effectivement conforme aux impératifs de la résilience, il faut tenir compte aussi des faits suivants:

– le texte ne fixe aucune échéance pour le pic des émissions;
– le texte ne fixe aucune échéance précise pour l’équilibre émissions/absorptions (« dans la seconde moitié du siècle », ça peut être en 2099)
– conséquence logique de ces deux premiers points: le texte ne mentionne aucun objectif non plus en matière de taux annuel de réduction des émissions
– le texte est muet sur la sortie des combustibles fossiles, et ne dit pas un mot de la nécessité d’un système énergétique basé sur les renouvelables (ni du système énergétique en général!)
– le concept de décarbonisation est absent de l’accord.

Que faut-il en conclure? 

– qu’il n’y a aucune limite posée à la combustion des combustibles fossiles (y compris ceux provenant des sables bitumineux, des huiles lourdes, etc)
– que, pendant une période indéterminée (rien n’exclut qu’elle aille au-delà du siècle), il faudrait se résigner au fait que les émissions résultant de cette combustion feront partie du « paquet » d’émissions anthropiques à équilibrer par les absorptions, d’ici 2100.

Certaines ONG (Greenpeace, Avaaz) en déduisent que la COP21 « a tourné la page des combustibles fossiles ». Désolé, c’est vraiment prendre ses rêves pour des réalités!

Les multinationales du secteur fossile n’ont aucune intention de se faire hara-kiri. Si l’accord ne leur convenait pas, elles feraient entendre leur voix, crieraient qu’on les assassine, etc. Ce n’est pas le cas.

L’accord que l’extractivisme attendait

lundi 14 décembre 2015

Algérie : Déclaration sur l’amendement du code pénal sur la violence que subissent les femmes


C’est la montée de la parole des victimes et le combat des associations qui a permis l’amendement du code pénal ! La loi contre les violences faites aux femmes validée hier par le sénat est une réponse positive à nos attentes, après tant de souffrances, après le drame odieux de Razika ! 

C’est une avancée pour les femmes algériennes contre une violence planétaire, c’est d’ailleurs la première loi de ce genre dans notre région du monde ! C’est aussi un succès pour nos luttes, un encouragement ! 

Dans les années 2000 nous avons mené campagne contre le harcèlement sexuel au travail, dans les années 2010 nous avons demandé une loi cadre sanctionnant les violences faites aux femmes. 

Le martyre de Razika a révélé que le regard de la société est en train de changer, que, désormais, on reconnait aux femmes le droit de circuler dans l’espace public, même loin des grandes villes, qu’on lui reconnait le droit à la dignité. Il y a des insuffisances comme la clause du « pardon » qui fait perdre beaucoup à la loi, mais c’est un premier pas positif qui exprime d’abord un nouveau consensus de la société condamnant cette violence.

Cela dit, le combat contre les violences est encore long. Il se mènera dans la société, sur le terrain, pour faire reculer encore plus les mentalités patriarcales et les préjugés sexistes. Il y a aussi le combat pour abroger le code de la famille, pour l’égalité lors du mariage et du divorce, etc. 

jeudi 10 décembre 2015

Face au désastre, par Stathis Kouvélakis


Inévitablement, l’image d’une carte de l’hexagone qui « noircit » à mesure de la progression du vote FN fait surgir la question de savoir si, à l’instar de l’Italie ou de l’Allemagne de l’entre-deux guerres, la France ne serait pas à la veille d’un basculement vers une forme d’ « État d’exception », en d’autres termes vers le fascisme. D’autant que dans les pays en question, la mise en place de cet État a débuté par une prise du pouvoir par la voie électorale et que, en matière d’ « état d’exception », le chemin semble avoir déjà été pris, avec l’instauration de l’ « état d’urgence » à la suite des attentats du 13 novembre. 

Le fascisme comme révolte dévoyée 

Comparaison n’est pourtant pas raison. La France de 2015 n’est ni l’Italie de 1920 ni l’Allemagne de Weimar: l’horizon n’est pas celui d’une guerre mondiale, le régime parlementaire n’est pas sur le point de s’effondrer, l’extrême-droite est pour l’essentiel une machine électorale et non une milice armée, les organisations ouvrières sont tellement faibles que leur destruction n’est aucunement une condition de survie de la domination bourgeoise. 

Il manque à la fois la condition d’une crise générale de l’Etat et celle d’une compétition militaire inter-impérialiste qui constituent la base du « procès de fascisation » comme l’analysait Nicos Poulantzas dans son ouvrage classique Fascisme et dictature (1970). 

Même si le FN vient au pouvoir par la « voie électorale », ce ne sera pas une « dictature fasciste » qui s’ensuivra mais un considérable durcissement du processus déjà en cours de verrouillage autoritaire de l’Etat et des mécanismes d’exclusion racialisante, qui pourront alors prendre une forme s’approchant d’un état d’apartheid, de séparation institutionnalisé entre groupes qui sont pour l’essentiel des groupes de nationaux, totalement endogènes à la société française, mais qui constituent la cible de mécanismes puissants de discrimination. 

Disons le autrement : le FN est bien porteur d’un projet politique tout à fait cohérent, qui consiste à construire un « bloc social » soudé par un consensus autoritaire et raciste visant à résoudre les contradictions sociales, et tout particulièrement la trajectoire de « déclassement » de secteurs croissants de la société française, par l’instauration d’un régime de ségrégation racialisante. 

Il y a cependant quelque chose qui rapproche la dynamique du FN avec celle des fascismes de l’entre-deux guerres et qui va au-delà des origines historiques de ce parti ou des filiations idéologiques entre ces courants politiques: c’est la capacité de ses forces à présenter comme des forces ‘anti-système », capable d’articuler une colère populaire multiforme en la cristallisant vers le ciblage d’un « ennemi intérieur ». Il manque bien sûr au FN le projet impérialiste/expansionniste des fascismes historiques: en ce sens, sa dynamique est « défensive », il est le produit de l’époque du capitalisme mondialisé, non de celle des impérialismes en lutte pour le partage du monde. 

Mobilisons-nous contre les régimes dictatoriaux, les agressions impérialistes et Daesh ! Rejetons les politiques sécuritaires, racistes et d’austérité !


L’intensification du conflit mené par les puissances impérialistes (Etats-Unis, Russie, Etats européens, etc…) et régionales (Arabie saoudite, Qatar, Turquie, Iran) au Moyen-Orient ces derniers mois a durement touché les peuples de la région. Elle est le produit des différentes formes de la contre-révolution, représentées par les régimes dictatoriaux et contre-révolutionnaires et les forces islamiques réactionnaires, comme Daesh, conjuguées à la volonté des grandes puissances internationales et régionales d’imposer leur hégémonie politique et économique sur la région. 

En Syrie, la première forme de la contre-révolution se manifeste par le soutien au régime d’Al-Assad, que ce soit à travers les raids meurtriers menés par la Russie et l’intervention de la République islamique d’Iran, du Hezbollah, des milices confessionnelles réactionnaires irakiennes ou par la méfiance des puissances occidentales vis-à-vis des forces démocratiques et révolutionnaires syriennes, kurdes incluses. 

Ces forces qui luttent pour une alternative démocratique et sociale sont les premières cibles du régime syrien en place, des impérialistes, et de leurs alliés dans la région. Les forces démocratiques syriennes sont aussi la cible des forces islamistes réactionnaires, soutenues à un moment ou à un autre, directement ou indirectement, par les monarchies du Golfe et la Turquie. Et comme toujours, les femmes sont les premières victimes de ces guerres avec notamment la multiplication des viols, des enlèvements et même des mises en vente. 

mercredi 2 décembre 2015

Grèce : vers une « grande coalition » ?, par Romaric Godin (La tribune)




Alexis Tsipras a appelé à une réunion des leaders politiques grecs. Il pourrait chercher à élargir une majorité affaiblie par les mesures demandées par les créanciers.
Alexis Tsipras s’apprête-t-il à élargir sa majorité parlementaire pour faire adopter la prochaine série de mesures demandée par les créanciers ? La rumeur en est forte à Athènes, et les indices se multiplient. Ce jeudi 26 novembre, le premier ministre hellénique a convenu avec le président de la République Prokopis Pavlopoulos d’organiser une réunion des dirigeants politiques du pays dès que ce dernier sera revenu d’un voyage officiel de deux jours à Rome. Cette réunion devra donc avoir lieu vendredi 27 novembre.

Trois défections et une majorité réduite de deux députés


Cette réunion pourrait être l’occasion pour Alexis Tsipras d’obtenir l’appui d’autres partis politiques pour la prochaine série de réformes que son gouvernement prépare, notamment celle des retraites. Le 19 novembre, lors du vote du paquet législatif permettant d’obtenir les 12 milliards d’euros du Mécanisme européen de stabilité (MES), la majorité du premier ministre s’est réduite de quatre à deux voix. Un député de Syriza, Stathis Panagoutis, s’est en effet abstenu lors du vote, et un autre, Nikos Nikopoulos, a voté contre. Tous deux ont été exclus immédiatement de Syriza. La veille, l’ancien porte-parole du premier gouvernement Tsipras, Gabriel Sakellaridis, avait démissionné de ses mandats, ce qui avait permis de préserver la majorité puisqu’il avait été remplacé par un député fidèle à Alexis Tsipras.

La question des expulsions


L’annonce de nouvelles règles sur les expulsions des possesseurs de résidences primaires a été le déclencheur de ces trois défections. Athènes a négocié pendant trois semaines un compromis sur ce dossier avec des créanciers qui voulaient réduire cette protection pour faciliter le renflouement des banques. Alexis Tsipras et son ministre des Finances Euclide Tsakalotos avaient obtenu le maintien d’une protection pour les débiteurs les plus fragiles et des aménagements pour une seconde catégorie. Mais, globalement, la nouvelle loi facilitait bien les expulsions, ce qui a été mal accepté au sein de Syriza. Désormais, donc, Alexis Tsipras ne peut s’appuyer que sur une majorité de 153 députés à la Vouli, le parlement grec, soit deux de plus de la majorité absolue.

mardi 1 décembre 2015

Daech frappe aussi en Tunisie, par Alain Baron

Mardi 24 novembre 2015, Daech a frappé en plein cœur de la capitale, tuant 12 membres de la Garde présidentielle [le président Béji Caïd Essebsi a pris ses fonctions en décembre 2014] et blessant une vingtaine d’autres personnes. 


En ciblant un corps sécuritaire d’élite, Daech a voulu terroriser la population en cherchant à démontrer que personne ne devait désormais se sentir à l’abri. [1] Cet acte intervient 11 jours après les sinistres attentats du vendredi 13 novembre à Paris qui avait déjà fortement ébranlé les Tunisiens et Tunisiennes: 

• beaucoup d’entre eux ont, en effet, au moins un proche en France; deux Tunisiennes – Halima Ben Khalifa Saadi, 35 ans et Hodda Ben Khalifa Saadi, 34 ans – ont été «fauchées» sur la terrasse du café-restaurant le Belle-Equipe; Funérailles de Mabrouk Soltani, le 15 novembre 2015, à Jelma Funérailles de Mabrouk Soltani, le 15 novembre 2015, à Jelma 

• le même jour, dans une région pauvre de l’intérieur de la Tunisie, un jeune berger [Marouk Soltani, 16 ans] était décapité de façon particulièrement atroce par les djihadistes [le groupe djihadiste, se présentant comme Jund al-Khilafa: Soldats du califat, a revendiqué le meurtre au nom de Daech]. 

Le massacre du 24 novembre intervient dans une période où le mouvement social était en plein essor après plusieurs années de recul et de déceptions. 

En effet, depuis un an, les luttes ont repris et se situaient à un niveau rarement atteint. Par exemple, le bassin minier de Gafsa a été bloqué par des jeunes chômeurs revendiquant un emploi. Des luttes résolues ont eu lieu dans le secteur public pour mettre un terme à la dégradation continuelle du pouvoir d’achat. 

Une série d’avancées avaient été arrachées dans les salarié·e·s du public et, dans la foulée, l’UGTT (Union générale tunisienne du travail) avait programmé dans le secteur privé un cycle national de grèves régionales entre le 19 novembre et le 1er décembre 2015. 

La première étape a eu lieu le 19 novembre avec une grève, suivie à quelque 90 %, dans les 164 plus grandes entreprises privées de la région de Sfax. Les grévistes avaient reçu le renfort de salarié·e·s du public ayant débrayé en solidarité. Le rassemblement et la manifestation ont connu une participation comparable à la grève générale régionale ayant précédé la chute de Ben Ali, en janvier 2011. 

mardi 24 novembre 2015

Espagne :pas en notre nom. "Nous nous refusons à être les otages de la haine, de la terreur y de l'intolérance"


En toile de fond d'une éventuelle implication militaire espagnole en Syrie, un groupe de maires - au premier rang desquels Ada Colau, mairesse de Barcelone et José María González, Kichi, maire de Cadix - associé à des grands noms de la culture, lancent un manifeste : "Pas en notre nom". Cherchant reprendre l'esprit des puissantes mobilisations de 2003 contre la guerre en Irak et le gouvernement Aznar, ils veulent relancer un mouvement anti-guerre large et pluraliste. 

Pas en notre nom

Les attentats perpétrés à Paris le 13 novembre dernier cherchaient à instaurer un climat et un régime de terreur dans la population en levant des murs de soupçon y de haine entre voisins, en rompant le vivre-ensemble et en instaurant au quotidien la politique de la peur. 

Si la réponse à la barbarie passe par la suspension des droits, la réduction les libertés et le renfermement sur soi, la victoire du terrorisme sera total. Si à la souffrance ressentie pour les victimes innocentes, on répond par encore plus de souffrance, la spirale sera imparable. Si l'on cherche des coupables parmi nos voisins pour le simple fait qu'ils s'habillent ou qu'ils pensent différemment, si nous criminalisons ceux qui précisément fuit cette même horreur, nous contribuerons à construire les mêmes murs que le fanatisme veux créer. Nous ne pouvons pas le permettre. 

Le terrorisme fanatique de Daesh est fonctionnel, il rétroalimente le raciste fanatique en Europe. Dans le même temps, nos gouvernements réduisent les droits sociaux et les libertés fondamentales, alimentent la xénophobie institutionnelle et bombardent aveuglement - bombardements qui se sont révélés inefficaces. Nous nous refusons à participer à ce marchandage entre droits et sécurité. 

dimanche 22 novembre 2015

Liberté pour Koltchenko, Sentsov et Afanassiev


Mardi 24 novembre s'ouvrira le procès en appel d'Alexandr Koltchenko et Oleg Sentsov à Rostov-sur-le-Don (Russie). Ce sont deux citoyens ukrainiens qui se sont mobilisés contre l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et l'ont payé de leur liberté. A l'issue du procès en première instance en août dernier, Sentsov a écopé d'une peine de 20 ans de détention en colonie pénitentiaire et Koltchenko s'est vu infliger 10 ans de prison sous le même régime. 

Le pouvoir russe qui tient la justice de ce pays en laisse leur reproche d'avoir commis des attentats contre les locaux d'officines favorables au régime de Poutine comme Russie unie, d'avoir fait sauter des monuments comme la statue de Lénine à Simféropol (Crimée) ou encore d'être impliqués dans la préparation d'attentats contre des infrastructures économiques... pour le compte de l'organisation d'extrême droite ukrainienne Pravy Sektor (Secteur droit). 

Non seulement Koltchenko et Sentsov nient en bloc ces accusations mensongères, mais elles sont d'autant plus grotesques que Koltchenko, syndicaliste étudiant, militant anarchiste et écologiste est connu pour son engagement antifasciste et pour avoir été déjà agressé lui-même par des nervis d'extrême droite précisément pour cette raison. 

Quant à Oleg Sentsov, c'est un cinéaste progressiste dont les valeurs et les engagements sont aux antipodes des idées défendues par les ultranationalistes ukrainiens. 

Enfin Guenadi Afanassiev, avocat ukrainien, a été condamné à 7 ans de colonie pénitentiaire au printemps dernier à Moscou dans la même affaire après avoir « choisi » de collaborer avec la justice russe. Lors du procès de Koltchenko et Sentsov, il a déclaré avoir faussement accusé ces deux derniers après avoir été torturé. Ce procès qui se voulait exemplaire pour le régime russe a révélé une parodie de justice. 

mercredi 18 novembre 2015

Attentats: «De quelle guerre s’agit-il ?», par Etienne Balibar


Nous sommes en guerre. Ou plutôt nous sommes tous désormais dans la guerre. Nous portons des coups, nous en recevons. Après d’autres, avant d’autres, hélas, prévisibles, nous en payons le prix et nous en portons le deuil. Car chaque mort est irremplaçable. Mais de quelle guerre s’agit-il? 

Il n’est pas simple de la définir, car elle est faite de plusieurs types, accumulés avec le temps, et qui paraissent inextricables. Guerres d’Etat à Etat (voire à pseudo-Etat, comme Daech). Guerres civiles nationales et transnationales. Guerre de «civilisations», ou du moins se pensant comme telle. Guerre d’intérêts et de clientèles impérialistes. Guerre de religions et de sectes ou justifiées comme telles. 

C’est la grande stasis [1] du XXIe siècle, qu’on comparera plus tard – si on en sort – à ses lointains modèles: la guerre du Péloponnèse, la guerre de Trente Ans, ou la «guerre civile européenne» de 1914-1945… 

En partie issue des interventions américaines au Moyen-Orient, avant et après le 11 septembre 2001, elle s’est intensifiée par la poursuite de ces interventions, auxquelles participent désormais surtout la Russie et la France, chacune avec ses objectifs. Elle plonge aussi ses racines dans la féroce rivalité entre des Etats qui aspirent tous à l’hégémonie régionale: Iran, Arabie saoudite, Turquie, voire Egypte, et d’une certaine façon Israël – la seule puissance nucléaire pour le moment. 

Dans une violente abréaction collective, elle précipite tous les comptes non soldés des colonisations et des empires: minorités opprimées, frontières arbitrairement tracées, ressources minérales expropriées, zones d’influence, gigantesques contrats d’armement. Elle cherche et trouve à l’occasion des soutiens dans les populations adverses. 

Le pire, c’est qu’elle réactive les «haines théologiques» millénaires: les schismes de l’islam, l’affrontement des monothéismes et de leurs succédanés laïques. 

mardi 17 novembre 2015

Daesh dans Paris, par Tariq Ali


L’historien et romancier britannique Tariq Ali nous a autorisés à traduire un texte publié au lendemain des attentats de Paris. Il s’y interroge sur la pertinence de la politique étrangère française, les origines de Daesh et les fragilités du Moyen-Orient. 

Daesh a donc revendiqué les attentats commis à Paris comme une réponse adressée à la France dont les forces, au Moyen-Orient, bombardent le "califat". 

Il est indéniable que Hollande et Valls sont des bellicistes. L’ironie de l’histoire veut que ces derniers se soient même apprêtés à renverser le régime d’Assad (jusqu’à ce que Washington n’impose un délai à leurs visées), ce qui aurait fait d’eux des alliés de Daesh dans la région. 

lundi 16 novembre 2015

Le terrorisme n’a ni religion ni frontières !, par Front populaire (Tunisie)


La France a été la cible d’une vague d’attentats terroristes qui a frappé plusieurs sites commerciaux et culturels de Paris et sa banlieue, vendredi 13 novembre, et a fait près de 130 morts et des dizaines de blessés en état grave. 

 A cette douloureuse occasion, le Front Populaire de Tunisie : 

- présente ses sincères condoléances au peuple français et l’assure de son soutien total dans cette pénible épreuve ; 

- condamne avec la plus grande fermeté ces lâches actes terroristes qui ne font que dévoiler, encore une fois, le vrai visage de ces groupes terroristes ennemis de l’humanité et de la civilisation ; 

- considère que les agissements barbares de ces groupes takfiristes n’ont de but que de s’attaquer aux idéaux des lumières, de la liberté et de la coexistence entre les religions, les cultures et les idées ; 

- appelle les forces progressistes en France à faire preuve de vigilance afin que l’état d’urgence décrété par les autorités françaises ne soit pas un prétexte pour porter atteinte aux libertés et exacerber les sentiments racistes à l’encontre des millions d’étrangers résidant en France, et en particulier à l’égard de la communauté arabe et musulmane qui n’a aucun rapport avec le terrorisme mené par des groupes terroristes takfiristes, soutenus par des milieux réactionnaires et ennemis des peuples ; 

dimanche 15 novembre 2015

Grèce. Avec l’Unité Populaire face à de nouveaux affrontements, par Antonis Ntavanellos


Le débat sur l’orientation de la gauche radicale en Grèce est à un tournant. Il est défini par le commencement du troisième assaut mémorandaire – sous la direction politique du gouvernement de coalition SYRIZA-ANEL (Grecs indépendants), par la question de la possibilité-plausibilité d’une résistance de masse, ouvrière et populaire, et par la question de l’expression politique de cette résistance dans l’ère post-SYRIZA (au sens de post-gouvernement Tsipras, élu en janvier 2015, et de son évolution jusqu’au 13 juillet 2015, date de la proposition qu’il a faite pour un troisième mémorandum). 

L’Unité Populaire (UP) est un «lieu» central dans cette discussion. Parce que, malgré la défaite électorale de 20 septembre 2015 [l’UP a réuni 2,86 % des suffrages, n’atteignant pas le seuil de 3 % permettant l’entrée dans le Parlement], l’UP maintient un nombre important des militant·e·s au niveau national, un effectif organisé de façon, même rudimentaire, en « organisations » locales et sectorielles, des forces militantes faisant référence au marxisme (sous des angles divers) et à une perspective socialiste. Dans ses rangs existe un rassemblement de militant·e·s disposant d’une expérience dans l’organisation des luttes et dans une intervention dite de masse.

En même temps, l’UP pourrait et devrait jouer un rôle clef : dans le tournant des hommes et des femmes qui se sont détachés de SYRIZA (et qui vont continuer à s’en détacher…), dans la relation de tous ses militants avec les composantes d’ANTARSYA [Front anticapitaliste], mais aussi dans les liens possibles avec des fractions de la basse militante du KKE (PC). C’est pourquoi la discussion au sein de l’UP, en vue de la première Pré-conférence nationale (de fin 2015), mais aussi de la Première Conférence nationale – début 2016 – est de grande importance. Repérons quelques points fondamentaux de cette discussion. 

vendredi 13 novembre 2015

Zoe Konstantopoulou : « Le gouvernement grec a sacrifié la démocratie »


Entretien inédit pour le site de Ballast : http://www.revue-ballast.fr/zoe-konstantopoulou/

On connaît Zoe Konstantopoulou comme la seconde femme à avoir pris le rôle de présidente du Parlement grec. Largement élue à ce poste en tant que membre de Syriza au début du mois de février 2015, elle le quitta le 4 octobre de la même année, cette fois comme membre d'Unité populaire — un parti formé après l'annonce des élections anticipées. Tout au long de ces huit mois, Konstantopoulou a marqué les esprits pour son travail au sein de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque autant que pour son respect des règles démocratiques, son opposition forcenée à la capitulation du gouvernement Tsípras et sa pugnacité à contredire l'affirmation que celui-ci n'avait pas d'autre choix… Elle s'est moins exprimée sur la question monétaire, sa vision actuelle des « plans B », ou encore sa courte mais intense expérience de l'exercice du pouvoir : nous la retrouvons à Bruxelles, dans le hall de son hôtel — l'échange se fait en français. Un éclairage de l'intérieur sur ces quelques mois qui ont chamboulé l'Europe et trahi les espoirs du peuple grec.


On connaît votre parcours d'avocate spécialisée dans les droits de l'homme, mais moins votre parcours politique avant de rejoindre Syriza. Quel a-t-il été ?

En tant qu'étudiante, j'ai été membre des représentations syndicales des étudiants, au sein de syndicats indépendants. Dans mon parcours, je n'ai jamais cherché à m'inscrire dans des partis politiques ; la première fois que j'ai participé à un processus électoral, c'était lors des élections européennes de 2009, sur la liste de Syriza dont je n'étais pas membre. Je me suis présentée non pas pour être élue, mais pour soutenir cette liste. En 2012, j'ai été élue et c'est alors que je me suis faite membre de Syriza. C'était au moment où le parti s'était unifié et se concevait comme celui de ses membres ; c'est justement ce pari qui m'avait incité à rejoindre un parti politique, pour la première fois. Et c'est l'échec de ce but proclamé qui, à mon avis, a conduit à la dissolution de Syriza. Car, en vérité, ce qui apparaît comme Syriza aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le Syriza dont j'ai fait partie.

jeudi 12 novembre 2015

Portugal. Bloco de Esquerda : une stratégie pragmatique et radicale, par Philippe Marlière


En parvenant à un accord de gouvernement historique, les gauches portugaises se sont rapprochées et engagées dans un programme de compromis contre l’austérité, en tirant notamment les leçons de la défaite de Syriza. 

Pour la première fois depuis la Révolution des œillets en 1974, la gauche portugaise (Parti socialiste, Bloco de Esquerda et CDU, qui regroupe le Parti communiste et les Verts) est unie. Elle vient de sceller un accord de gouvernement sans participation ministérielle de BE, du PCP et du PVE, qui pose les bases d’une politique antiaustéritaire engageant l’ensemble de la gauche. 

Le coup de barre à gauche du PS 

Les résultats de l’élection législative du 4 octobre ont été interprétés de manière tendancieuse par la plupart des commentateurs qui ont déclaré la droite victorieuse. La coalition des deux partis de droite (PSD et CDS-PP) a recueilli 38,3% et 107 des 230 sièges. La gauche PS-BE-PCP est, pour sa part, nettement majoritaire au parlement : elle a obtenu 50,8% des voix et dispose de 121 sièges. Les médias ont joué un rôle quasi-séditieux, mettant en garde contre le “péril communiste” dans le pays. 

Le 22 octobre, le président Aníbal Cavaco Silva a chargé Pedro Passos Coelho, le premier ministre sortant, de former un gouvernement. Mais il a outrepassé ses prérogatives constitutionnelles en demandant aux députés socialistes de « se rebeller contre leur dirigeant » António Costa. Il a déclaré qu’il « ne laisserait pas des forces eurosceptiques [la gauche radicale] accéder au pouvoir ». Il s’est donc comporté en gardien zélé de l’orthodoxie austéritaire en Europe. 

vendredi 6 novembre 2015

Portugal : une nouvelle situation politique, entretien avec Francisco Louça


Economiste et ancien porte-parole du Bloco de Esquerda (Bloc de gauche), Francisco Louçã revient sur les élections législatives portugaises qui ont eu lieu le 4 octobre, et notamment sur l’excellent résultat obtenu par le Bloco. Il insiste en particulier sur les leçons de l’expérience de pouvoir de Syriza, notamment le fait qu’ « on ne peut pas négocier une restructuration de la dette sans être préparé à rompre avec l’euro ».
 
Comment analyses-tu les résultats des élections législatives qui ont eu lieu il y a environ un mois au Portugal ?

Le taux d’abstention de 43% est légèrement supérieur aux chiffres habituels, mais il doit être relativisé : l’abstention est gonflée par l’émigration de près de 400 000 citoyens portugais pendant les années de la troïka, et parmi eux, principalement des jeunes bel et bien inscrits sur les registres électoraux mais dans l’incapacité de voter car résidant à l’étranger. Quant aux résultats, on les connait : la coalition gouvernementale de droite a subi un net recul (elle perd 750 000 voix, soit 12% et 25 députés ; le PSD [Parti social-démocrate, droite] et le CDS [Centre démocratique social, droite] obtiennent ensemble moins de votes que le PSD seul en 2011), mais reste la force politique la plus plébiscitée. Le PS [parti socialiste] augmente son score de 200 000 votes, récupère 12 députés supplémentaires mais reste loin de la droite (7 points de moins). Le PCP [Parti communiste portugais] gagne 4000 votes et un député. Enfin le Bloco [Bloc de gauche] voit son score s’améliorer de 260 000 voix et obtient 19 députés, devenant ainsi le troisième plus grand parti du pays, derrière le PSD et le PS, mais devançant le CDS et le PCP. En plus d’avoir doublé sa représentation dans les districts de Lisboa, Porto et Setúbal, le Bloco est la seule force politique de gauche qui est parvenue à élire des députés dans ceux de Madère, Leiria, Coimbra et Aveiro.

Comment la situation politique a évolué au Portugal ces dernières semaines, après les élections ? Est-ce que la décision prise par le président de la République Cavaco Silva, membre du PSD (droite), de demander à la droite de former un gouvernement alors qu’elle est minoritaire par rapport à l’ensemble des partis de gauche (PS, PCP et Bloco), constitue un coup d’État constitutionnel (comme on l’a entendu) ?

Non, d’un point de vue institutionnel la décision de Cavaco Silva est normale. Il invite le leader du parti qui a obtenu le score le plus élevé de former un gouvernement. Il est certain qu’il aide ainsi son propre parti à dramatiser le conflit politique et que ce gouvernement sera plombé au parlement, mais c’est une tactique de court terme. En contrepartie, les négociations entre le PS et la gauche se poursuivent et sont difficiles. Le PS a déjà accepté de mettre fin aux processus de privatisations et de revenir sur les coupes dans les salaires et les pensions de retraite, mais il y a des divergences importantes concernant la gestion de la dette publique et de la dette extérieure, qui conditionne la politique d’investissement et de création d’emploi. Pour les deux partis de gauche [le PCP et le Bloc de gauche], participer à ces négociations était l’unique solution possible, car dans le cas contraire ils auraient permis le maintien du gouvernement qui a conduit la politique de la Troïka. Mais le PS a donné bien peu de garanties d’une stratégie alternative, et c’est pour cela que la négociation est complexe. Le Bloc de gauche maintient les conditions qu’il avait formulées durant la campagne électorale et qui représentent un gain important pour les conditions de vie des travailleurs•ses et pour le combat contre les inégalités.

jeudi 5 novembre 2015

Grèce : grève générale le 12 novembre. Appel d'Unité Populaire


CONTRE L’AUSTÉRITÉ ET LES MEMORANDA ORGANISONS DES LUTTES UNITAIRES DE MASSE 

Le gouvernement SYRIZA-ANEL, avec l’application des mesures du 3e mémorandum et le vote des pré requis, poursuit maintenant dans l’application d’une tornade de mesures contre la classe ouvrière et les couches populaires les plus pauvres. 

Le rapport de la Commission des « Sages » pour le système de couverture sociale constitue un véritable manifeste thatchériste au caractère antisocial virulent, prônant le démantèlement intégral de la couverture sociale, la suppression des retraites et la paupérisation extrême des retraités. 

Le gouvernement réserve à la Commission des « Sages » le rôle du « lièvre » pour la destruction des retraites et des droits de couverture sociale, promue par cette commission et convenue avec la Troïka dans le cadre du 3e mémorandum. 

Le hold-up fiscal continu, à des niveaux jamais atteints auparavant, les baisses de salaires et de retraites induites par la nouvelle grille, la suppression des conventions collectives et la nouvelle attaque à venir pour réduire à néant les droits des travailleurs et les droits syndicaux, voilà la réalité et le futur qu’ils préparent. 

Santé publique et enseignement se délitent. Les postes vacants, dans les écoles de toute la Grèce, demeurent non pourvus ; de nombreuses cliniques, dans les hôpitaux publics, se retrouvent sans médecins, sans personnel soignant ; les hôpitaux sont menacés de fermeture. Les ports, les aéroports, l’énergie, l’eau sont bradés tout comme d’immenses parcelles de terre de l’État. 

Etat espagnol/Catalogne: «Droit de décider, maintenant», face au «front anti-sécessionniste», par Jaime Pastor



Junts pel Si [Ensemble pour le Oui] et la CUP [Candidature d’Unité Populaire] ont présenté au Parlement de Catalogne une proposition de déclaration pour aller «vers un Etat indépendant ayant une forme de république» moyennant un «processus de déconnexion démocratique, soutenu et pacifique avec l’Etat espagnol», accompagné d’un «processus constituant citoyen, participatif, ouvert, intégrateur et actif pour préparer les bases de la future Constitution catalane». Cette proposition de déclaration a suscité de virulentes diatribes de la part de la majorité des forces politiques et des médias proches de l’Etat.

Parmi les dénonciations, celles accusant la déclaration de constituer un «coup d’Etat» (Alfonso Guerra – membre du PSOE et vice-président du gouvernement de décembre 1982 à janvier 1991 – dixit) ou un « coup porté à l’Etat » (El Pais) sont parmi les plus clémentes. Nous avons rapidement constaté une brutale réactivation de ce qu’il y a de pire dans le nationalisme espagnol face à ce qu’ils considèrent comme une menace à «l’unité de l’Espagne». Il y a même eu des appels à la suspension immédiate de l’autonomie catalane et, comme on pouvait s’y attendre, une diabolisation de la CUP à cause de son anticapitalisme.

Malgré la réponse initiale de Mariano Rajoy (PP) et le fait qu’il se présente comme étant le seul président pouvant garantir la défense de l’Espagne, il a dû, au cours d’une campagne préélectorale, faire face à la forte propension des dirigeants du PSOE et de Ciudadanos à le concurrencer en ce qui concerne la «responsabilité de l’Etat». Cela a obligé le président du gouvernement à conclure un «pacte national contre le sécessionnisme». Le dirigeant de Podemos, Pablo Iglesias, s’est distancié de ce pacte en manifestant sa volonté de reconnaître le droit des citoyens et citoyennes de Catalogne à décider de leur avenir. Il a ainsi insisté sur le fait qu’il souhaite chercher l’emboîtement constitutionnel de la Catalogne dans une Espagne unie afin de les persuader de ne pas partir.

lundi 2 novembre 2015

Turquie : les élections de la terreur et de la fraude, par Emre Ongün




Le voyage en bus depuis Istanbul s’était bien passé, entre camarades, entre jeunes qui voulaient participer à ce grand moment. Tout le monde le confirmait : cela allait être énorme ; une marée humaine pour la Paix, la Démocratie et le Travail. On avait concentré toutes les forces pour un rassemblement, mais de masse, contre Erdogan et sa clique. De plus, il faisait plutôt bon à Ankara bien qu’on était au mois d’octobre. Avant de rejoindre son cortège, elle passa voir son père qui était avec son syndicat. Ils étaient brouillés ces derniers temps. Ils se réconcilièrent, se dirent qu’ils s’aimaient, c’était un bon jour pour cela. Puis elle rejoignit ses camarades, environ 50 mètres plus loin. C’est là où son corps fut déchiqueté par l’explosion de la bombe sous les yeux de son père. DicleDeli est une parmi la centaine de camarades tués à Ankara par l’attentat suicide commis par l’Etat Islamique sous la bienveillance du gouvernement turc. Elle aurait eu 18 ans hier, 1er novembre 2015, jour des élections législatives en Turquie.

L’ombre de sa mort porte sur cette date pour ses proches comme l’ombre des 6 mois d’intense terreur d’Etat a porté sur les élections législatives turques.

dimanche 1 novembre 2015

Uruguay : un processus historique de récupération d’entreprises par les travailleur-se-s, par Richard Neuville





« Une partie des mouvements sociaux ne se limitent pas à la défense de l’emploi et à l’augmentation des salaires ou bien à la consommation mais ils essaient d’aller au-delà et cherchent, soit par conviction ou par nécessité, à dépasser le lien de subordination que leur a assigné la société » (Zibechi, 2010).


Le mouvement des entreprises récupérées par les travailleurs uruguayens s’inscrit dans une tradition de luttes pour « l’émancipation économique et sociale »1. Il puise ses racines dans l’histoire du mouvement ouvrier qui, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, a su articuler la formation de syndicats et la constitution d’un mouvement coopératif puissant. Tout au long de son existence, le mouvement coopératif a su conserver une indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Il existe près de 300 coopératives de travail en Uruguay2 (Guerra, 2013 : 28).

La récupération d’entreprises par les travailleur-e-s (ERT) sous la forme coopérative n’est pas une nouveauté dans l’histoire économique uruguayenne. En remontant dans l’histoire des coopératives, nous trouvons des antécédents qui remontent au milieu du XXe siècle. Il est donc possible de parler de processus historique dans ce pays, même s’il intervient principalement dans des périodes de crise.
Si le phénomène de récupération d’entreprises reste limité d’un point de vue quantitatif, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un mouvement important avec des unités de production stratégiques dans la sphère productive et l’économie du pays. L’importance de ces expériences autogestionnaires ne saurait se réduire au nombre d’entreprises et de travailleurs impliqués mais bel et bien dans la portée symbolique que comporte l’autogestion ouvrière (Riero, 2012).

En cohérence avec la culture ouvrière uruguayenne, il est parvenu à se structurer ces dernières années et à devenir un interlocuteur des pouvoirs publics et à nouer des relations étroites avec la centrale syndicale. Il a également participé à une tentative de fédérer les organisations autogestionnaires avec une visée de transformation sociale sur des bases de l’autogestion.

samedi 31 octobre 2015

Portugal. Des élections pour joueurs d’échecs. De quel type?, par Charles-André Udry



Le résultat des élections portugaises a abouti à l’ouverture d’un scénario politique inattendu parce que la coalition issue du gouvernement – constituée par le Parti social-démocrate de Passos de Coelho, premier ministre sortant, et par le CDS-PP (Parti du Centre démocratique social-Parti populaire) de Paulo Portas, vice-premier ministre sortant – a obtenu le pourcentage le plus élevé des suffrages, mais ne dispose pas de la majorité parlementaire (voir à ce sujet l’article publié sur ce site en date du 10 octobre 2015). Elle a récolté 36,8% des suffrages, après des années de politique d’austérité, mais n’a à son service que 107 députés sur 230. Par contre, l’addition, formelle pour le moins, des députés du Parti socialiste, du Parti communiste (PCP) et du Bloco de Esquerda collectionne 122 sièges. 

Dans cette situation, le président de la République, Anibal Cavaco Silva, né en 1939, est intervenu le 22 octobre afin d’attribuer la formation du nouveau gouvernement à Passos Coelho et Paulo Portas. Il le fit à l’occasion d’une intervention télévisée censée exprimer son autorité. Cavaco Silva a été premier ministre durant dix ans, de 1985 à 1995, à la tête du PSD. Ce catholique et anti-communiste décidé, élu au suffrage universel à la présidence en 2006, cherchait à imposer une continuité gouvernementale sous la forme d’un «gouvernement de gestion»

mardi 27 octobre 2015

Argentine. Un scénario politique inattendu dans un pays en crise

Jorge Altamira et Nicolas del Canto

Le dimanche 25 octobre 2015 se déroulaient en Argentine conjointement les élections à la présidence du pays, celles de gouverneurs des provinces, celles de maires, de députés et sénateurs. La corrélation entre ces différents niveaux est étroite. Des élections primaires, avec un quorum, déterminent les listes et candidats possibles. Ces primaires ont eu lieu en août. Ce 25 octobre, trois candidats polarisaient les votes. 
 
Deux sont issus du péronisme. Daniel Scioli devait être «théoriquement» l’héritier de la présidence de Nestor Kirchner [de 2003 à 2007], puis celle de sa femme Cristina Fernandez Kirchner [de 2007 à 2015]. Une grande partie de la gauche officielle latino-américaine soutenait Daniel Scioli. Ce fils d’un riche entrepreneur de l’électro-domestique a été recruté par Carlos Menem en 1996. Ce qui est déjà tout un programme. Il a été durant huit ans gouverneur de la province de Buenos Aires et combina, dans la tradition, clientélisme et distribution de prébendes avec une hausse des impôts, tout en se refusant d’appliquer de brutales coupes budgétaires. Il se présentait sous la dénomination Frente para la Victoria (FpV). 

De la même famille péroniste se présentait Sergio Massa, qui durant dix ans fut un homme clé du kirchnerisme. Massa, qui défendait sa position sous les couleurs d’Unidos por una nueva alternativa, avait à ses côtés Roberto Lavagna (ministre de l’Economie de 2002 à 2005) et Martin Redrado (ancien directeur de la banque centrale). Face à ces deux candidats difficiles à qualifier de gauche se profilait le fils d’un des plus riches entrepreneurs de l’Argentine, Mauricio Macri, sous le logo PRO-Cambiemos. Au même titre que les deux épigones péronistes, Macri multiplia les déclarations selon lesquelles il n’allait pas appliquer une politique d’ajustement structurel, cela dans un contexte de crise économique et sociale croissante. Il n’hésita même pas à inaugurer l’unique statue de Peron à Buenos Aires alors qu’Evita Peron est bien visible sur la principale avenue.
Les résultats des élections sur la base de 97,19% des suffrages (le taux de participation se situait à hauteur de 80%) sont les suivants : D. Scioli, 36,86%; M. Macri, 34,33%; S. Massa, 21,34%.
Selon la Constitution argentine, adoptée en 1944, le système de ballottage est le suivant: pour gagner au premier tour, un candidat doit obtenir plus de 45% des voix, ou entre 40 et 44% mais avec une avance de 10 points sur le second. Les résultats susmentionnés indiquent qu’il y aura ballottage et un second tour entre Scioli et Macri. Depuis 1995, ce cas de figure ne s’était jamais produit. Certes, en 2003, comme aucun candidat n’avait atteint le seuil de 40%, un second tour était envisagé. Mais Carlos Menem, qui avait eu l’audace de se représenter aux élections présidentielles, et obtenu 24% face à un autre péroniste Nestor Kirchner, avec 22%, décida de se retirer non seulement parce que tous les sondages le donnaient pour largement vaincu, mais aussi parce qu’il traînait plus d’une casserole judiciaire.

lundi 26 octobre 2015

Portugal : Marisa Matias candidate du Bloc de gauche à la présidence de la République




« Je ne suis pas candidate pour diviser, mais, au contraire, pour unir. Unir les nouvelles forces aux autres forces, parce que toutes sont nécessaire pour que le candidat de la droite ne gagne pas la présidence ». Marisa Matias, 39 ans, députée européenne depuis 2009, a été désignée comme candidate par la direction du Bloc de Gauche (Bloco de Esquerda) le 18 octobre dernier. Dans sa déclaration sur le site esquerda.net (site du bloc de gauche) la candidate affirme :

« Oui je suis candidate.
Nous vivons un moment d’attente et d’espoir et un moment comme celui-ci, nous devons savoir l’interpréter et courir des risques !

Ma préférence, et c’est ce pour lequel le Bloco travaille, était qu’il existe une candidature unique de gauche et que nous unissions nos forces ! S’il y a trois mois ceci était encore envisageable, aujourd’hui malheureusement ce n’est plus le cas.

J’ai entendu de nombreuses personnes avant de prendre ma décision.

Je ne suis pas candidate pour diviser, mais au contraire pour unir. Unir les nouvelles forces aux autres forces, parce que toutes sont nécessaires pour que le candidat de la droite ne gagne pas la présidence. Et passer par l’exigence du débat démocratique. Dans notre pays, il faut que les nouvelles espérances ne retombent pas.

Il y a d’autres candidatures et elles ont des objectifs communs.Et naturellement j’ai beaucoup de choses en communs avec elles et pour moi il doit y avoir un débat franc,  jamais conflictuel, avec ces candidats.

dimanche 25 octobre 2015

Quand Tsipras fait disparaître toute trace de ses contradicteurs !., par Yorgos Mitralia

 
Voici donc que le gouvernement Tsipras bis vient de résoudre deux de ses grands problèmes : celui de la dette publique et celui représenté par l’ex-présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou. Comment a-t-il fait pour réussir cet exploit ? Mais tout simplement, en effaçant pour toujours du site officiel du Parlement grec tout ce qui pourrait rappeler Zoe Konstantopoulou et ses initiatives durant sa brève présidence, dont la Commission pour la Vérité de la Dette Publique. 
 
Face à cet impressionnant bond en arrière du gouvernement grec, qui nous ramène aux heures de gloire du stalinisme triomphant des années 30 |1|, mais aussi du maccarthisme le plus envahissant du début des années 50, on est en droit de se demander : est-ce que la dette publique grecque a pour autant disparu ? Et est-ce que Zoe Konstantopoulou a accepté sa défaite, et s’est décidée à ne plus dire la vérité et taire ses critiques au vitriol ?

La réponse est : non. L’astronomique dette publique grecque continue, imperturbable, sa marche en avant comme d’ailleurs Zoe Konstantopoulou, qui refuse de s’avouer vaincue. Alors, une question s’impose : vu que le nettoyage du site du Parlement des présences indésirables manque manifestement d’efficacité, pourquoi le successeur de Zoe Konstantopoulou, et ses amis, ont procédé de cette manière ? Que cherchaient-ils en réalité ?

La seule réponse possible est qu’en agissant ainsi, tout ce beau monde cherchait à envoyer un message, ou plutôt un signal, à quelqu’un. À qui ? Mais, évidemment, aux célèbres « partenaires européens » avec qui les nouvelles autorités grecques venaient de conclure un accord, qui est en même temps… l’unique programme du gouvernement Tsipras bis. Mais aussi à ceux d’en bas, grecs, pour qu’ils n’aient plus le moindre doute sur l’inéluctabilité de l’écrasement de toute résistance aux Memoranda et à leurs inspirateurs…

En somme, il s’agissait d’un acte hautement symbolique qui, ni plus ni moins, ambitionnait à effacer pour toujours de la mémoire collective des Grecs, non seulement toute trace d’une alternative à la politique des Memoranda, mais aussi, le nom même de celle qui a pu incarner cette alternative !

mercredi 21 octobre 2015

"Israël a choisi l’occupation et non la paix", par Marwan Barghouti


L’escalade de violence actuelle n’a pas commencé lorsque deux colons israéliens ont été tués le 3 octobre. Cette escalade a commencé il y a bien longtemps et a continué durant des années. Chaque jour, des Palestiniens sont tués, blessés et arrêtés. Chaque jour, la colonisation avance, le siège de notre peuple à Gaza se prolonge, l’oppression persiste. 

Alors que beaucoup veulent que nous nous sentions écrasés par les conséquences potentielles d’une nouvelle spirale de violence, je demande – comme je le plaidais en 2002 – de nous occuper des causes fondamentales de cette situation: la négation de la liberté des Palestiniens. 

Quelques-uns ont suggéré que la raison pour laquelle un accord de paix n’avait pu être atteint résidait dans le manque de volonté du président Yasser Arafat [mort en novembre 2004] ou l’incapacité du président Mahmoud Abbas [élu en janvier 2005]. Or, les deux étaient prêts et capables de signer un accord de paix. 

Le problème réel est qu’Israël a choisi l’occupation et non la paix, a utilisé les négociations comme un écran de fumée pour camoufler l’avance de son projet colonial. 

Chaque gouvernement dans le monde est conscient de ce simple fait et néanmoins beaucoup prétendent que revenir aux recettes ayant échoué dans le passé pourrait faire aboutir la liberté et la paix. Cette absurdité est répétée sans cesse tout en en attendant des résultats différents. 

lundi 19 octobre 2015

Portugal : pourquoi la gauche a progressé, entretien avec Catarina Principe (Bloco)


Le 4 Octobre, le Bloc de Gauche a atteint le meilleur résultat aux élections législatives portugaises qu’il ait jamais obtenu, avec plus de 500.000 suffrages (soit 10.2%). Cela fait du Bloc le troisième parti en importance numérique au Parlement. Si l’on ajoute le Parti Communiste Portugais qui a obtenu 8.3% des suffrages, la gauche a obtenu près de 20% des voix, contre les politiques d’austérité et le néolibéralisme.
 
Ce résultat vient deux semaines après les élections grecques au cours desquelles Syriza dirigé par Alexis Tsipras a remporté une autre victoire significative bien qu’il ait accepté un troisième mémorandum austéritaire alors que, dans le même temps, Unité populaire, la coalition anti-austérité constituée par d’anciens membres de Syriza qui s’opposaient au mémorandum n’a pas réussi à rentrer au Parlement, manquant de peu le seuil de 3%. Ces résultats constituent un important matériau pour poursuivre le débat en cours au sein de la gauche internationale quant aux tactiques et aux stratégies révolutionnaires aujourd’hui.

Todd Chretien et Dan Russell ont interviewé Catarina Principe, une militante du Bloc de Gauche sur le résultats des élections, la nature du Bloc et le contexte historique actuel.

En 1974, une fraction de gauche des forces armées a renversé le prétendu Nouvel Etat (Estado Novo), la dictature fasciste qui régnait depuis les années 30. Ce coup a provoqué de qui est connu sous le nom de « Révolution des Œillets », un soulèvement qui a duré plus de deux années et a secoué la société portugaise jusque dans ses fondements. Peux-tu expliquer en quoi l’héritage de ces évènements a influencé le Bloc et, plus généralement, la vie politique portugaise ?

Catarina Principe : Lors des débuts de la révolution, le Parti communiste constituait la force politique centrale et, dans une certaine mesure, il a soutenu le mouvement populaire ; mais il a également tenté d’en bloquer certains aspects. Après la chute de la dictature en 1974, l’on a assisté à la formation de pas moins de 37 nouveaux partis politiques, mais aucun d’entre eux n’a été capable de devenir une force puissante et majoritaire au sein de la classe ouvrière et du processus révolutionnaire.

jeudi 15 octobre 2015

Portugal. La droite gagne sans majorité


 
La coalition qui réunit les partis de droite – Parti social-démocrate (PSD) et Parti du centre démocratique et social (CDS) qui ont constitué pour les élections du 4 octobre le front Portugal a Frente (FaP) – et qui gouverne le Portugal a obtenu 38,48% des suffrages exprimés et 104 députés sur 230 (voir le tableau des résultats en fin d’article). Néanmoins, le FaP a perdu 743’680 suffrages par rapport à ce que les deux partis de droite avaient obtenu en 2011. Le Parti socialiste, avec 32,4% des voix et 85 députés, confirme la baisse qui avait été enregistrée au cours des dernières semaines [les sondages lui attribuaient en avril 2015 37,5% des votes, 32,7% le 29 septembre; la direction du PS avait comme objectif déclaré d’obtenir une majorité absolue].

A gauche, la grande surprise fut la croissance électorale du Bloco de Esquerda (Bloc de gauche-BE), qui avec 10,2% et 19 députés, a doublé ses résultats par rapport à 2011 et obtient sa meilleure représentation parlementaire [le dernier sondage du 29 septembre attribuait au BE 9,4%]. La Coalition démocratique unitaire (CDU), formée par le Parti communiste portugais et les Verts, a légèrement augmenté ses suffrages avec 8,3% et 17 députés (un de plus qu’en 2011).

Les petites formations dissidentes du Bloc de gauche, Livre/Tempo de Avançar (TPA) et Agir (fusion entre PDA et MAS), qui avant la campagne électorale pensaient qu’ils pouvaient réduire les suffrages du vote du BE, ont obtenu des résultats extrêmement limités (0,72% et 0,38% respectivement) n’élisant aucun député.
La CDU, bien qu’augmentant légèrement son résultat par rapport à 2011, a connu un résultat décevant, peu capable de capitaliser le mécontentement populaire face à la «politique d’austérité» et surtout s’est vu dépasser, pour la première fois, par le BE.

La diminution des luttes sociales après le cycle des grandes manifestations entre 2011 et 2013 et l’incapacité du PS, cosignataire aux côtés de la droite du protocole d’entente avec la troïka, de se distancier de manière significative des politiques d’austérité du gouvernement PSD/CDS, ont permis à la coalition de droite de récupérer une fraction de l’électorat «socialiste». Le message de la droite était que son gouvernement avait «mis en bon ordre» les comptes publics du pays, que le chômage était en train de s’abaisser et que la «confiance» des entrepreneurs et des «consommateurs» était en train de revenir, alors que le gouvernement antérieur du PS [mars 2015-juin 2011, sous la direction de José Sócrates] avait «conduite le pays à la banqueroute».

lundi 12 octobre 2015

L’accueil des réfugiés en Allemagne : politique du gouvernement et polarisation au sein de la population, par Manuel Kellner

 
Le mouvement de l’aide pratique aux réfugiés n’est pas brisé. Il continue à se développer. Dans les sondages, plus que 61% des Allemandes et des Allemands restent ouverts à l’accueil et à l’intégration des réfugiés. Et dans le mouvement de solidarité et d’aide pratique, la politique de plus en plus restrictive du gouvernement allemand est critiquée de plus en plus fortement. D’autre part, les actions violentes contre les réfugiés se multiplient, et Pegida – à commencer par Dresde – relève la tête.

Dans les médias, l’accent est mis sur « l’énorme quantité » de réfugiés, le quotidien à sensation le plus répandu, la Bild-Zeitung, a titré avec « 1,5 millions » en 2015 en se référant à des sources gouvernementales anonymes. La peur d’un certain nombre de gens de se voir minoriser par les nouveaux venus d’autres cultures (surtout musulmanes) est thématisée largement dans les grands médias. Des nouvelles anecdotiques largement diffusées par la presse sur des affrontements violents entre réfugiés – dans des situations causant des claustrophobies qui leurs sont infligés (per exemples tassés à 3000 dans une salle pour 800 personnes avec une douzaine de toilettes et de douches) ou sur des réfugiés musulmans n’acceptant pas de donner la main à une femme ou de répondre à une officielle, etc. – nourrissent de plus en plus les sentiments négatifs envers les réfugiés.

Il reste donc vrai qu’il y a, en la matière, une polarisation extrême dans la population allemande. La solidarisation reste forte, mais la désolidarisation gagne du terrain.
Les déclarations de la chancelière Angela Merkel disant « Venez tous ! Vous êtes les bienvenus ! Nous allons vous traiter de manière humaine ! » étaient de bon instinct ou alors une réponse bien méditée au mouvement d’aide aux réfugiés spectaculairement fort. Il est vrai aussi que dans sa rhétorique publique, Angela Merkel maintient le cap – contre tous ceux qui traitent ses propos accueillants et optimistes « d’irresponsables », à commencer avec la direction du CSU, le parti frère du CDU de Merkel en Bavière et son président Horst Seehofer, qui cherche à couvrir le terrain électoral de l’extrême droite en soulignant que « nous » ne sommes pas capables d’intégrer « tous » les réfugiés du monde. [1] Mais la politique concrète du gouvernement allemand est en contradiction flagrante avec la rhétorique merkelienne du « bienvenu » et du « nous sommes en mesure de faire face à l’intégration des réfugiés ».